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Position d’Ile-de-France Environnement
sur le projet de loi «Grand Paris»


Ile-de-France Environnement (IDFE), l’union régionale des associations franciliennes d’environnement, ayant analysé le projet de loi dans sa version du 27 août 2009, prend acte des volontés de l’Etat :

  • de dĂ©finir pour l’Ile-de-France un projet d’intĂ©rĂŞt national de rĂ©seau d’infrastructures lourdes de transport collectif, s’interconnectant d’une part aux rĂ©seaux RER et du mĂ©tro parisien, et d’autre part aux infrastructures de liaisons nationales et internationales (lignes ferroviaires Ă  grande vitesse et aĂ©roports) ;
  • d’associer plus Ă©troitement que cela n’a Ă©tĂ© fait jusqu’ici le dĂ©veloppement urbain et les transports en dĂ©finissant des zones d’amĂ©nagement diffĂ©rĂ© (ZAD) autour des gares de ce rĂ©seau d’intĂ©rĂŞt national.

Le président de la République, dans son discours du 29 avril 2009, avait déclaré : «le Grand Paris…c’est l’Etat qui donne l’impulsion nécessaire, mais qui n’impose pas d’en haut un projet qui ne peut réussir que s’il est partagé par tous». Cependant le projet de loi donne le sentiment que l’Etat veut reprendre en main l’aménagement de l’Ile-de-France et que, lié par l’annonce de délais de réalisation exagérément optimistes compte tenu de la situation actuelle (crise économique mondiale, fort endettement national), il veut mener à marche forcée la définition et la réalisation de son projet.

IDFE considère que l’Etat prendrait le risque de nuire à la pertinence des décisions et à leur acceptation par les Franciliens :

  • en imposant pour l’Ile-de-France des procĂ©dures autoritaires et des outils juridiques d’exception, en contradiction avec les lois de dĂ©centralisation et les principes de gouvernance qu’il a lui-mĂŞme dĂ©finis;
  • en dĂ©finissant de façon prĂ©cise par dĂ©crets en Conseil d’Etat le projet de rĂ©seau, ses gares et les zones d’amĂ©nagement diffĂ©rĂ© sans une concertation approfondie prĂ©alable avec les collectivitĂ©s territoriales concernĂ©es (RĂ©gion, dĂ©partements, structures intercommunales et communes isolĂ©es) qui connaissent mieux que lui les contextes locaux et les attentes des habitants;
  • en reportant après la parution des dĂ©crets le «travail partenarial renforcĂ© entre l’Etat stratège et les collectivitĂ©s territoriales concernĂ©es» annoncĂ© Ă  l’article 1, sous la forme des contrats de dĂ©veloppement urbain et des projets territoriaux stratĂ©giques;
  • en recourant abusivement Ă  des procĂ©dures juridiques d’exception : enquĂŞtes publiques et dĂ©crets en Conseil d’Etat portant sur l’utilitĂ© publique de l’opĂ©ration et emportant approbation des nouvelles dispositions des documents d’urbanisme (SDRIF, SCOT, PLU), procĂ©dures accĂ©lĂ©rĂ©es d’expropriation, modifications des chartes de PNR et des pĂ©rimètres de sites inscrits ou classĂ©s;
  • en crĂ©ant les conditions d’une hyper-densification brutale des territoires situĂ©s près des gares du rĂ©seau.

IDFE demande :

  • que l’Etat, pour un projet de cette importance, mette en application les principes de gouvernance Ă©noncĂ©s dans l’article 49 de la loi de programmation relative Ă  la mise en oeuvre du Grenelle de l’environnement, qui vient d’être votĂ©e par le Parlement;
  • qu’il publie rapidement un fuseau, comportant une Ă©ventuelle bande d’incertitude, du tracĂ© prĂ©vu actuellement pour le projet de transport collectif en mettant simultanĂ©ment en place autour de ce tracĂ© une mesure anti-spĂ©culation applicable jusqu’à la mise en vigueur des ZAD;
  • qu’il recueille l’avis et les suggestions des collectivitĂ©s territoriales et associations concernĂ©es avant de figer un tracĂ© recueillant l’accord de la RĂ©gion;
  • qu’il conduise ensuite une concertation tronçon par tronçon avec ces mĂŞmes collectivitĂ©s territoriales et associations en vue de dĂ©finir de façon prĂ©cise dans un premier temps l’emplacement des gares et; dans un second temps, les pĂ©rimètres des ZAD;
  • qu’à l’issue de cette phase de concertation, le SDRIF soit mis Ă  jour pour intĂ©grer ces Ă©lĂ©ments avant nouvelle approbation et transmission au Conseil d’Etat avant mise en application;
  • que le dossier mis en dĂ©bat public sous l’autoritĂ© de la CNDP comporte un volet d’évaluation environnementale Ă©laborĂ© avec le concours des associations d’environnement, s’attachant Ă  apporter la preuve que les amĂ©nagements prĂ©vus respectent bien les principes du dĂ©veloppement durable et les prĂ©conisations Ă©cologiques de la loi de programmation du Grenelle.

IDFE demande d’autre part :

  • que le pĂ©rimètre des ZAD ne dĂ©passe pas un rayon de 1000 m (distance d’attractivitĂ© piĂ©tonne) autour de la gare, sauf Ă©ventuellement pour intĂ©grer des terrains libres (friches industrielles, dĂ©laissĂ©s d’infrastructures), et que la durĂ©e de ces ZAD soit limitĂ©e, Ă  5 ans par exemple, pour ne pas laisser dans l’incertitude les propriĂ©taires et habitants du secteur;
  • que, dans le pĂ©rimètre de ZAD autour de chaque gare, soit instaurĂ©e une taxation des plus-values immobilières dont le produit serait utilisĂ© pour le financement du rĂ©seau de transport et la construction de logements aidĂ©s;
  • que l’Etat renonce Ă  modifier les chartes des parcs naturels rĂ©gionaux au moment oĂą il les sollicite pour ĂŞtre l’ossature des trames verte et bleue.

Concernant le titre 5 traitant des dispositions relatives au projet de création d’un pôle technologique et scientifique sur le plateau de Saclay, défini dans l’article 20 de ce projet de loi comme un des territoires stratégiques de la région, et pour lequel l’Etat a déjà créé une OIN sur 27 communes (décret de mars 2009), IDFE considère que le projet de loi devrait tenir compte des observations suivantes :

  • la politique du maintien sur le plateau de Saclay d’un espace agricole viable (masse critique), pratiquĂ©e par les schĂ©mas d’amĂ©nagement successifs depuis 50 ans -y compris le dernier SDRIF votĂ© par la RĂ©gion en septembre 2008- est une nĂ©cessitĂ© de plus en plus vitale, compte tenu des rĂ©centes et profondes Ă©volutions de l’économie mondiale;
  • la crĂ©ation d’une « zone de protection naturelle, agricole, paysagère et forestière », proposĂ©e dans le projet de loi, en recourant Ă  un outil juridique non identifiĂ©, ne donne aucune garantie quant au maintien des 2300 ha agricoles sur le plateau de Saclay, voulu par les collectivitĂ©s locales, inscrit dans le SDRIF et assurĂ© par les PRIF (pĂ©rimètres d’intervention foncière) gĂ©rĂ©s par l’Agence des espaces verts,
  • la loi de programmation relative Ă  la mise en oeuvre du Grenelle de l’environnement prĂ©conise de "lutter contre la rĂ©gression des surfaces agricoles" et d’"assurer une gestion Ă©conome des ressources et de l’espace";
  • l’implantation d’un transport en commun lourd, traversant le plateau d’Est en Ouest, tel qu’envisagĂ© par l’Etat, est incompatible avec le maintien de la viabilitĂ© de cet espace agricole;
  • la nĂ©cessitĂ© de concentrer en un seul lieu le maximum d’établissements de recherche et d’enseignement supĂ©rieur, pour en augmenter la productivitĂ©, reste Ă  dĂ©montrer;
  • les collectivitĂ©s locales ont Ă©tabli un schĂ©ma directeur du plateau de Saclay, qu’elles ont abrogĂ© avec l’accord de l’Etat, pour raison juridique, en s’engageant Ă  Ă©tablir un SCoT;
  • enfin le projet de loi escamote la concertation avec les habitants.

En conséquence, IDFE demande également à l’Etat :

  • de limiter clairement l’objet de l’établissement public « Paris-Saclay » Ă  la mission fondamentale d’amĂ©lioration de la « productivitĂ© » de l’enseignement supĂ©rieur et de la recherche, et notamment Ă  la mise en place et Ă  la gestion du campus prĂ©vu Ă  cet effet,
  • d’ajouter, dans le conseil d’administration de l’établissement public, un cinquième collège de personnalitĂ©s reprĂ©sentatives du mouvement associatif,
  • de laisser le soin aux collectivitĂ©s locales de dĂ©finir l’amĂ©nagement de leur territoire, en collaboration avec l’Etablissement public « Paris-Saclay », par l’établissement d’un SCoT. A dĂ©faut, l’Etat se rĂ©serverait le droit de reprendre la main, comme il l’avait envisagĂ© prĂ©cĂ©demment pour le schĂ©ma directeur du plateau de Saclay,
  • d’aider les collectivitĂ©s responsables Ă  rĂ©aliser rapidement la modernisation des transports en commun existants, les RER B et C qui, complĂ©tĂ©s par un rĂ©seau maillĂ© de navettes liant les zones d’activitĂ©s et d’habitats aux gares de ces deux RER, assureront rapidement une desserte efficace de ce territoire.

En cohérence avec les positions approuvées par son assemblée générale du 4 avril 2009 sur les immeubles de grande hauteur et le plateau de Saclay, et par son conseil d’administration du 26 juin 2009 sur le discours du Grand Paris prononcé le 29 avril par le président Sarkozy, IDFE considère que le projet de loi n’est pas acceptable dans sa définition actuelle et demande sa révision en profondeur prenant en considération les demandes énoncées dans cet avis.

Approuvé par le conseil d’administration du 24 septembre 2009 à l’unanimité moins une voix

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