Les pôles de développement du Grand Paris PDF Imprimer Envoyer

Après 3 mois de débat public sur le Grand Paris, voici notre analyse associative sur les pôles de développement du Grand Paris, éclairée par la présentation de l'IAU.

Dans le cadre du débat public sur le "Grand 8", d'aucuns s'étonnent que le pôle de Cergy-Pontoise soit délaissé par le projet. D'autres expriment des interrogations similaires pour Vélizy, Saint-Quentin-en-Yvelines et d'autres lieux encore, qui mériteraient pourtant d'être considérés comme "pôles de développement", bien davantage que certains pôles inclus dans le projet.

A notre humble avis, la raison en est toute simple : ces secteurs ont le tort de ne pas se situer sur le trajet allant de Saclay à l'aéroport Roissy CDG.

En effet, quand on prend la peine de parcourir les écrits de Christian Blanc – de son rapport à Jean-Pierre Raffarin sur le plateau de Saclay en 2004 (Pour un écosystème de la croissance) jusqu'à son récent livre (Le Grand Paris du XXIe siècle) en passant par La croissance ou le chaos, où il dénonce "le scandale du plateau de Saclay" – il apparaît assez clairement que son véritable objectif a toujours été le plateau de Saclay, autour duquel s'articule tout le reste de son projet Grand Paris. Comme il le dit lui-même, un centre d'envergure mondiale ne saurait se concevoir sans connexion efficace avec les aéroports, en particulier l'aéroport international Roissy CDG et l'aéroport d'affaires du Bourget. Il fallait donc à tout prix réaliser cette liaison de transport.

Qu'on n'oublie pas que le projet de loi initial de Christian Blanc, dont différentes moutures ont circulé jusqu'en début 2009, avait pour seul et unique objet l'Etablissement public de Paris-Saclay. En outre, dans ses projets initiaux, Christian Blanc comptait bétonner le plateau quasi intégralement (ou en tout cas suffisamment pour tuer sa vocation agricole).

Le réseau Grand 8 n'a émergé qu'en avril 2009, de même que la fumeuse doctrine des "villes-monde". Comme Christian Blanc écrit qu'il voyait Claude Guéant une fois par semaine, il n'est pas interdit de penser que ces extensions aient été concoctées avec le concours de l'Elysée – sachant par ailleurs que Nicolas Sarkozy avait épousé dès le printemps de 2004 les idées de Christian Blanc concernant le plateau de Saclay. La desserte du plateau de Saclay ne pouvant à elle seul justifier le Grand 8, on a été amené à définir d'autres pôles de développement permettant de rendre plausible la création de liens de transport entre Saclay et les aéroports. C'est ainsi qu'on a décrété qu'il fallait "conforter la place financière de la Défense", "développer au Bourget un pôle d'excellence économique dédié à l'aviation et au tourisme d'affaires", "renforcer le positionnement international de Roissy CDG" et "faire de la Plaine Saint Denis un lieu de référence en matière d'industries de la création et d'arts numériques", puis interconnecter tous ces pôles moyennant la ligne verte du Grand 8.

Or, dans un document de l'IAU IdF, on apprend que les activités financières en Ile-de-France ne sont pas concentrées à la Défense, loin s'en faut ; de même, la vaste majorité des industries créatives franciliennes sont implantées à Paris et dans les Hauts-de-Seine, donc bien en dehors du pôle de la Plaine Saint Denis. Pour sa part, avec ses 50.000 vols et 130.000 passagers par an, Le Bourget n'est qu'un mini-pôle de l'aviation qui aura bien du mal à prétendre à l'excellence économique.

Quant à l'interconnexion des pôles, il est établi que les déplacements travail-travail ne représentent que 3% de la totalité des mouvements des Franciliens. S'il devait en être autrement pour les déplacements entre les pôles, c'est que ceux-ci seraient particulièrement mal organisés et/ou seraient incapables de se servir des moyens de communication d'aujourd'hui.

La conclusion qui s'impose c'est qu'on a construit de toutes pièces un problème pour justifier une solution préconçue, en imaginant des pôles de développement qui crédibilisent le besoin d'une connexion performante entre Saclay et les aéroports. Evidemment, dans ce schéma, il n'y a pas de place pour Cergy-Pontoise, Vélizy et Saint-Quentin-en-Yvelines...

La présentation de l'IAU lors du débat public à Jouy-en-Josas, le 30/11/2010